Nouvelles technologies, nouvelles
armes face aux mouvements sectaires


Reproduction de l'article paru dans le numéro 28 (juin 2002)
de la revue
Combat.
Avec l'autorisation de la revue Combat.

Voir également les autres articles de Combat sur ce sujet.



Les organisations sectaires ont fortement investi les médias et les nouvelles technologies, en particulier Internet. Les "anti-sectes" aussi. Exemples : Elan Vital et la Scientologie.

Jean-Michel Kahn et Roger Gonnet.

En toute logique, les grands mouvements sectaires ont depuis longtemps choisi d'investir les médias pour recruter et diffuser leur idéologie. Des dizaines de pasteurs évangélistes utilisent la télévision à cette fin depuis des lustres aux Etats-Unis. Certains sont ainsi devenus des vedettes milliardaires en soutane de soie, ce qui choque parfois de notre côté de l'océan Atlantique. Moon possède le quotidien US The Washington Times depuis 1992.

La situation est-elle en train de changer en Europe où, jusqu'à présent, les sectes semblaient plus discrètes ? C'est ce que l'on peut supposer, à mesurer les systèmes de propagande mis en œuvre par certaines d'entre elles ces dernières années.

Elan Vital

Pour des mouvements de moyenne importance, comme la secte Elan Vital, Internet et la télévision constituent désormais un moyen privilégié pour tenter de constituer une apparence de "communauté" planétaire. Son gourou, surnommé Maharaji, qui ne dispose en France que du soutien de 1000 à 2000 adeptes, "offre" - à l'usage, le terme est plus que relatif ! - maintenant des émissions régulières sur sa chaîne de télévision planétaire (1), et de nombreuses informations sur son consistant réseau de propagande sur le Net.

Le retournement de la position du Maître parfait, dont les portes paroles officieux ont longtemps dénigré Internet de toutes les manières possibles, a au moins deux explications. La première est que les animateurs du mouvement n'ont pu empêcher un nombre croissant d'adeptes et de sympathisants de s'y documenter sur le Maître, en particulier sur les origines bien cachées de son soi-disant "héritage" spirituel : il n'était plus possible de l'ignorer. La seconde est que depuis 1996 sont apparus, grâce à l'initiative de quelques anciens disciples, un site critique et un forum (anglophones, bientôt suivi d'un côté francophone, puis hispanophone) où - oh scandale ! - l'enseignement du gourou était librement discuté. Ces sites se sont considérablement enrichis au fil du temps, jusqu'à disposer actuellement de centaines de pages de documentation et de témoignages (2).

Dès leur apparition, ils ont subi de nombreuses attaques. Des plus simples aux plus sophistiquées, émanant parfois des proches de l'ex-"Seigneur de l'Univers". Harcèlement anonyme de leurs animateurs, harcèlement des forums de discussion, menaces et tentatives d'intimidation par l'intermédiaire de grands cabinets d'avocats, aux Etats-Unis et en France notamment.

A partir de 2000, la secte n'a eu d'autre choix que de susciter la création des premiers sites d'Elan Vital, de Maharaji, ou d'adeptes dévoués prenant la défense du "maître". Leur nombre s'est considérablement accru ces dernières années, sans doute afin de noyer les sites critiques… sans succès. Les tentatives de référencement de toutes les pages de chacun des sites des réseaux de propagande, afin de saturer les moteurs de recherche de références aux sites du gourou, ont, elles aussi, échoué.

D'autres moyens ont été déployés pour faire taire les contestataires. Ici, il s'est agi de tenter de faire fermer le newsgroup alt.cult.maharaji par les autorités du Net, ce qui n'a pas abouti. Là, ont été proférées des menaces de poursuites pour diffamation et pour violation de copyrights contre les fournisseurs d'accès hébergeant gratuitement des sites contestataires, ce qui a abouti à déplacer les sites visés vers des lieux plus sûrs. La mise en place d'un site anonyme de diffamation et d'attaque (allant parfois jusqu'à formuler des accusations de crimes imaginaires etc) fut une autre arme. Enfin, les attaques informatiques ont été multipliées : saturation des sites - rendant leur accès impossible pendant des heures, voire des jours, envoi de virus informatiques destinés à détruire les systèmes informatiques hébergeant les sites critiques.

La contestation sur le Net

Bien avant que les gourous ne s'installent sur le Net, nombre de lieux de discussion, de contestation et de mise en garde y sont apparus. Principalement :

- Les newsgroups (fr.soc.sectes, alt.religion.jehovahs-witn, alt.religion.scientology, alt.support.ex-cult par exemple), lieux de rencontre et de discussion entre anciens adeptes, souvent squattés et harcelés par les défenseurs des idéologies contestées.

- Les sites d'information et de lutte contre les sectes: témoignages d'anciens adeptes, documents secrets de leurs anciens groupes etc. Quelques exemples francophones, parmi les dizaines de sites existants :

Pour ne pas se laisser piéger par les sectes : www.prevensectes.com
Nouveaux phénomènes religieux :
www.jacquesnoel.qc.ca/npr/index.html
Le "Secticide", l'anti-scientologie, l'antisectes :
www.antisectes.net et www.xenufrance.net
En anglais, le plus complet :
www.xenu.net
Ex-Premie.Org :
www.ex-premie.org

Ces lieux d'expression et de mise en garde sont évidemment considérés par les groupes mis en cause - qui ne peuvent ni admettre la critique, ni y répondre de manière cohérente - comme des menaces intolérables.

La Scientologie (Dianétique)

Internet est devenu le principal lieu d'affrontement entre la Scientologie, qui se vante d'avoir 20 000 pages en ligne et ses opposants. La secte attaque, dès qu'elle le peut, les webmestres critiques, tente elle aussi de faire disparaître les newsgroups qui contiennent le mot scientologie sous prétexte qu'il s'agirait d'une marque déposée…

D'autres méthodes sont employées, en particulier celle de l'appel à la délation publique et privée via Internet, ceci pour dénoncer toute entrave réelle ou imaginaire que le scientologue rencontrerait. Toutes les brochures publicitaires majeures de la Scientologie contiennent de tels appels. En quatorze langues, le site www.rtc.org permet aux délateurs, anonymisés, sécurisés, de cracher leur venin contre toute personne qui, selon eux, entraverait la bonne marche de la secte. Si par exemple, vous dites tout haut que vous croyez que la star scientologue ayant prétendu que le sida était psychosomatique est une ignare, vous risquez fort d'être dénoncé pour "avoir critiqué publiquement un scientologue de bonne réputation".

La scientologie utilise Internet depuis ses débuts. Elle a acheté plusieurs centaines de noms de domaine du genre "scientology.org", ou "ronhubbard.org". Ces sites servaient à tromper les moteurs de recherche Internet, dont Google. Elle a acheté des espaces publicitaires faisant paraître des encarts-liens même dans des sites pour enfants, comme le site Nintendo©. Elle avance aussi à visage caché dans des organismes aux noms alléchants "Non à la drogue, oui à la vie" et en collant au plus près à tout ce qui touche à la santé. Essayez-donc avec des recherches sur Google, portant par exemple sur "haschisch". Dès la 20e position Google, une annonce de la Scientologie est destinée à vous faire commander la brochure (gratuite) - ce qui permettra de vous relancer plusieurs fois ensuite avec d'autres offres. La secte a cherché à intimider Google, qui donnait en 4e position de recherche pour le mot "scientology" un site critique www.xenu.net (anglais). Elle faisait appel à une législation US qui transforme les fournisseurs internet en juges du contenu des sites (la loi américaine du copyright digital du millénaire, DMCA). Mais parfois, ces tentatives se retournent contre elle : si auparavant, on trouvait presque exclusivement des sites pro-scientologie dans les cent premiers du classement, Google a rectifié le tir. La semaine passée, on trouvait sept sites critiques parmi les dix premiers !

Certes, il n'est pas possible d'empêcher des groupes dotés de tels moyens financiers d'utiliser les médias. Mais qu'en est-il du contrôle des circuits financiers nécessaires à leur soutien ? Sont-ils légaux ? Comment des associations se réclamant de la Loi de 1901 peuvent-elles servir de collecteurs de fonds pour des gourous aux volontés hégémoniques ? Enfin, qu'attend-on pour soutenir sérieusement ceux qui dénoncent la nocivité des sectes, alors que celles-ci tentent de les faire taire (3) ?


Notes:

(1) Voir canal "Maharaji" sur Hot Bird d'Eutelsat (13° est). Et dans le même style, le "Maharishi Channel", également sur Hot Bird.

(2) www.ex-premie.org

(3) Lire sur ce thème le rapport des trois premières années d'activité de la Mission Interministérielle de Lutte contre les Sectes qui souligne que "ces mouvements, toujours prêts à revendiquer hautement les principes de liberté sont aussi les premiers à n'en pas tenir compte dès lors qu'un projecteur est braqué sur leurs comportements".

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